Le milieu du spectacle vivant et surtout celui de la comédie musicale fait rêver les foules. Mais la réalité des métiers qui fourmillent sur scène ou en coulisses reste méconnue. Des costumiers aux compositeurs en passant par les régisseurs, Compote de Prod vous propose une galerie de portraits des différentes fonctions que compte cet univers compte.

Pour Compote de Prod, Julien Goetz a composé les musiques des spectacles Souviens-toi Pan, Alice et La Cigale sans la Fourmi.

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C’est quoi ton métier ?

Chez Compote de Prod, je me consacre intégralement à la composition musicale de nos spectacles. Mon fil rouge est avant tout de rechercher un style musical, celui de Compote.

Mon bureau est un laboratoire musical dans lequel je passe mes soirées et mes week-ends. J’y recherche les arrangements adéquats avec Benjamin Landrot. J’ai pour habitude de suggérer l’irréalisable, il est également là pour calmer mes ardeurs.

À titre anecdotique, j’aime le mélange des cors d’harmonie et des nappes de violons, surtout combinés à des sons plus modernes comme la guitare électrique ou, plus ambitieux encore, un arpégiateur (ndlr: fonction d’un synthétiseur permettant de générer des arpèges de façon automatique).

Généralement en m’inspirant de musiques de films, je m’amuse à privilégier les mélodies entêtantes qui plaisent aux petits comme aux grands.

Une journée type, ça ressemble à quoi ?

Une soirée type plus précisément.

D’abord je pose ma source d’inspiration sur le bureau, c’est-à-dire une feuille contenant le descriptif de la scène à mettre en musique ou au mieux, le texte de la chanson. Ensuite, je démarre mon logiciel de musique et lance YouTube en parallèle. C’est une grosse source d’inspiration car copier un auteur c’est du plagiat, copier plusieurs auteurs c’est de la recherche !

Avant de pianoter, j’étudie une mélodie en la fredonnant. J’ai d’ailleurs une multitude d’enregistrement audio sur mon téléphone : pris dans la rue, dans le métro, chez des amis, partout où une idée est survenue. Pour ne pas l’oublier, je l’immortalise dans mon téléphone, peut-être pourra-t-elle servir plus tard ?

Le piano est mon instrument de composition, je peux passer des heures à chercher une mélodie qui me plaise. Parfois quelques minutes suffisent… Il n’y a pas de règle.

Puis la fatigue me gagne, j’enregistre et éteins mon ordinateur. Cela ne sert à rien de continuer, rien de plus ne sortira de mon laboratoire ce soir, c’est une certitude, je fais confiance à mon expérience. Demain est un autre jour !

Comment es-tu arrivé là ?

Le hasard. Celui des rencontres principalement.

Un ami m’a initié au monde de la comédie musicale en 1999 avec Notre Dame de Paris. Après avoir reproduit ce spectacle en amateur (au lycée, à Strasbourg), avec lui, nous nous sommes mis en tête que nous pouvions créer notre propre musical. Et c’est ce que nous avons fait. Deux ans après nous jouions Cléopâtre – La légende d’une Reine à Strasbourg.

Puis j’ai fait de nouvelles rencontres en école d’ingénieurs. Des profils très différents mais tous motivés par la création musicale et plus particulièrement par la comédie musicale. Quelques années plus tard, nous avons créé Compote de Prod.

Pourquoi voulais-tu faire ce métier ?

J’ai toujours aimé le monde de la scène musicale et je souhaitais faire rêver les gens de la même manière que d’autres m’ont fait rêver.

J’ajouterais également que toucher du doigt ce métier tranche tellement avec ma vie de tous les jours – je suis consultant en systèmes d’informations. Cela me procure un bien fou, sans même mentionner les différentes personnes que je côtoie grâce au monde de la comédie musicale.

Que préfères-tu dans ton métier ?

Deux moments opposés mais qui se rejoignent. D’un côté cette sensation rare et formidable du «nous ne savions pas que c’était impossible alors nous l’avons fait», lorsque, dans notre laboratoire musical, naît une musique dont nous sommes très fiers. De l’autre, lorsque j’entends quelques remarques agréables du public à la sortie d’une représentation. C’est pour moi la meilleure des récompenses.

Que détestes-tu dans ton métier ?

Les contraintes créatives synonymes d’inhibition. J’aime que l’on me donne des directions vers lesquelles tendre, je fuis les commandes toutes faites.

Quels sont tes plans professionnels pour les prochains mois ?

Pour la prochaine année même ! Nous préparons une nouvelle création pour 2020 et je suis de retour dans mon laboratoire pour en faire le plus beau des spectacles de Compote de Prod. Merci de ne pas me déranger le soir à partir de 21h !