Le Corbeau et le Renard, le Lièvre et la Tortue, La Cigale et la Fourmi… Ok. En réfléchissant deux minutes, nous sommes tous capables de citer une petite dizaine de Fables de Jean de la Fontaine. Pourtant, le poète du XVIIe siècle a écrit plus de 240 fables en 26 ans, entre 1668 et 1694. Soit un rythme honorable de neuf fables par an.

Les Fables récitées à l’école depuis le XVIIIe siècle

Un travail rentable puisque les jésuites introduisent ses textes dans les programmes d’enseignements dès le début du XVIIIe siècle. Ils constituaient alors le principal corps enseignant en France jusqu’en 1763 avec les précepteurs familiaux. Depuis la Troisième République, elles sont un incontournable de l’école primaire, surtout par le biais de la récitation.

«S’il y a des vers dont je me souviens des classes de poésie de mon enfance, ce sont ceux des fables de La Fontaine», explique Julien Goetz, compositeur de la pièce musicale La Cigale sans la Fourmi.

Si bien que certaines morales sont gravées dans l’imaginaire collectif, sans que l’on sache forcément qu’elles sont l’œuvre de La Fontaine.

Quelques exemples:

  • «Eh bien! dansez maintenant.» («La Cigale et la Fourmi»)
  • «Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras.» («Le Petit Poisson et le Pêcheur»)
  • «Aide-toi, le ciel t’aidera.» («Le Chartier embourbé»)
  • «Amour, Amour, quand tu nous tiens» («Le Lion amoureux»)
  • «Il m’a dit qu’il ne faut jamais / Vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre.» («L’Ours et les Deux Compagnons»)
  • «Mais les ouvrages les plus courts sont toujours les meilleurs.»

La Fontaine devient un slogan publicitaire

La Fontaine, expert de l’allégorie, manie un langage universel. Les animaux qui parlent sont le reflet des hommes auxquels le fabuliste s’adresse. L’auteur est explicite concernant le message des Fables.

«Je me sers d’animaux pour instruire les hommes», écrit La Fontaine.

Les Fables de la Fontaine se posent en repères de la culture française. Depuis des dizaines d’années, la culture populaire reprend dans des chansons ou des publicités les morales et personnages des Fables.

Un exemple avec cette célèbre pub pour une boisson gazeuse:

L’œuvre de La Fontaine fait sans cesse l’objet de recréations, adaptations et reprises sous des formes modernes. Chaque année, le ministère de l’Éducation nationale offre en fin d’année scolaire «un livre pour les vacances» aux élèves de CM2. En 2019, c’est un recueil des Fables de La Fontaine illustré par le dessinateur Voutch qui a été distribué.

L’écrivain reste le plus méconnu de la littérature

«La Fontaine fait partie de la culture populaire, mais son œuvre est-elle vraiment connue?», s’interrogeait déjà en 1991 Michel P. Schmitt. Ce professeur de littérature française à l’Université Lumière-Lyon 2, a observé la place du fabuliste dans les manuels scolaires. Le chercheur a démontré que l’école primaire utilise plus le «label» La Fontaine que les textes mêmes de l’écrivain. Les Fables sont souvent adaptées, amputées, paraphrasées oralement. Selon Michel P. Schmitt, c’est sur cette base que s’édifie le mythe de «l’écrivain le plus méconnu de notre littérature».

Découvrez la comédie musicale au pays des Fables oubliées

Lorsqu’on demande à des lycéens de seconde quelles sont les fables dont ils connaissent le contenu, la plupart des réponses tourne autour de 11 textes, a remarqué Michel P. Schmitt. Les cinq premières fables le plus souvent citées sont également celles retenues par n’importe quel public interrogé: Le Corbeau et le Renard, La Cigale et la Fourmi, Le Lièvre et la Tortue, Le Loup et l’Agneau, La Laitière et le Pot au lait.

Le loup est l’animal le plus cité dans les Fables

Dans les 240 Fables, c’est le loup qui est l’animal le plus représenté. Il est cité 26 fois par Jean La Fontaine. Vient ensuite le renard, évoqué 25 fois, puis le chien, mentionné à 24 reprises.

« L’univers des Fables de La Fontaine est riche jusqu’au foisonnement, notent Gaétan Borg et Stéphane Laporte, auteurs du livret de La Cigale sans la Fourmi. Nous sommes tous capables des années après de réciter les premiers vers de La Cigale et la Fourmi ou de Le Corbeau et le Renard. Mais combien connaissent l’existence de L’Ivrogne et sa Femme? C’est cet achoppement entre un univers de fables “vedettes” et un autre de fables oubliées ou ignorées que nous avons décidé d’évoquer. Par la même occasion, nous pointons  le contraste entre le vieillissement de la forme et la permanence des messages.»